Histoire de mots : restitution

Il a fallu du temps au mot restitution pour affiner l’ensemble des définitions qu’il recouvre, tant sur le plan du langage courant, du domaine juridique, du monde forestier ou encore du secteur de l’archivage.

Sans surprise, le mot restitution trouve son origine du côté du latin « restitutio », qui se définit comme « l’action de restituer, de rendre ». Le sens utilisé dans le domaine de l’archivage de nos jours se rapproche beaucoup de ce premier sens latin. Il désigne en effet l’ensemble des mécanismes permettant de rechercher et de remettre les documents numériques ou physiques à l’organisme qui les a produits ou à ses mandants, puis de les détruire de manière définitive au sein de son système d’archivage. Cette étape induit une bonne conservation des documents en amont, une lisibilité garantie et tout un process de qualité.

Mais le mot recouvre d’autres significations qui se sont forgées avec le temps. Dès le XIIIe siècle, on trouve trace de ce terme dans les recueils de Philippe de Beaumanoir, un juriste français de l’époque. « Fere enterine restitution », écrit-il à l’époque. Le sens commun de cette période est défini dans le plus ancien fonds conservé par les Archives nationales françaises, le Trésor des Chartes. Le mot restitution y prend le sens d’action de « rendre ce qu’on possédait indûment ».

Une importante utilisation en littérature

Au siècle suivant, l’écrivain Pierre Bercheure ou Bersuire inscrit le mot dans un de ses ouvrages via cette phrase : « Il demandoient la restitucion des dessus dites choses ». Son homologue Jean Froissart emploie aussi ce terme toujours dans la même signification au XVe siècle : « les Calésiens furent forcés après la prise de leur ville de l’abandonner sans rien emporter] et si n’en eurent oncques restitution ni recueuvrement du roi de France, pour qui ils avoient tout perdu ».

En 1549, le terme prend une connotation plus juridique et se définit comme un « jugement qui relève quelqu’un d’un engagement qu’il avait contracté ». En littérature, quelques années plus tôt, Rabelais emploie le mot dans Gargantua. Pour l’auteur, c’est « l’action de remettre une chose dans son état origine ». L’écrivain Jean-Louis Guez de Balzac en fait aussi usage dans l’œuvre De La Cour : « Si le roi [Philippe de Macédoine] vous [à vous Athéniens] veut rendre l’île [de Samothrace] et que le mot de rendre soit porté par le traité, je vous conseille de la recevoir ; mais non pas, s’il prétend de vous la donner, et s’il appelle bienfait la restitution de ce qui a été usurpé sur vous ». À l’époque, le mot prend aussi un sens plus populaire, et indique l’action de vomir.

Une évolution constante

Avec les siècles, le mot restitution évolue. Si bien qu’en 1721, il fait son entrée dans le vocabulaire de numismatique, l’étude des monnaies et des pièces. Restitution signifie alors « médailles restituées ». En 1771, c’est la physique qui s’approprie le mot sous le sens de « rétablissement d’un corps élastique qui reprend son état naturel ». Puis en 1822, le terme correspond à « la restitution d’un texte », d’après les Mémoires de l’Institut national de France.

En 1969, le monde forestier l’utilise lors d’un colloque à Bruxelles organisé par l’UNESCO et le Programme biologique international. « La restitution de K est assurée, à parts à peu près égales, par le pluviolessivage des feuilles jaunissantes (24 kg/ha/an), la litière des arbres (27 kg/ha/an) et la strate herbacée (26 kg/ha/an) ». L’astronomie s’en sert aussi pour indiquer le retour d’une planète à son apside (point extrême de l’orbite d’un corps céleste).

Si vous avez des questions, nous sommes là pour y répondre et vous accompagner : nos archivistes sont à votre disposition.

 

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